L’extrême droite en France

 

L’Extrême droite en France

Quelques éléments de réflexion

Les origines de la doctrine remontent aux contres-révolutionnaires, tenants du traditionalisme, en réaction à la Révolution française et à la République.

« Mais l’apport le plus décisif sera l’œuvre de deux hommes, Joseph de Maistre et Louis de Bonald qui poseront les véritables fondements de la première doctrine d’extrême droite. » Ils confèrent à la puissance divine une prépondérance qui la met au-dessus des hommes. Ils jettent les bases « de la première doctrine constituée de l’extrême droite », convaincus de la mort de l’Ancien Régime et de la nécessité de trouver un autre système. Même s’ils apparaissent « comme les vestiges respectables d’un monde révolu » des idées fortes demeurent. Pour eux :

  • L’ordre est un des éléments essentiels
  • Ils critiquent le rôle que peuvent jouer les intellectuels
  • L’armée occupe une place primordiale
  • L’idée du nationalisme est centrale
  • La division entre l’élite et le peuple est permanente et donc le peuple doit être dirigé.
  • L’Église joue un rôle important

Dans les crises ou affaires qui marquent le XXème siècle, différents mouvements d’extrême droite vont voir le jour, comme l’Action française (AF) dont la naissance est due à l’Affaire Dreyfus (1894-1906), et qui est dirigée par Charles Maurras. Ses adeptes ont deux hantises, d’une part la décadence qui peut être morale ou spirituelle, et d’autre part la théorie du complot dirigé par les loges maçonniques, les juifs, les étrangers et les marxistes. Dans ses écrits, d’ailleurs, Maurras parle « des quatre États confédérés » qui sont « tous des juifs, des protestants, des métèques ou des francs-maçons. » Mais pour les mouvements d’extrême droite « le complot juif » est « le plus important » et est responsable des deux guerres mondiales.

Présentation des extrêmes droites (ou ligues) qui ont existé entre 1900 et 1945

Deux ligueurs apparaissent au début du XXème siècle, Déroulède, fondateur de la Ligue des patriotes et Guérin qui anime la ligue antisémite. « Sur les ruines des premières ligues du début du siècle s’élève un mouvement qui va exercer, pendant plus de quarante ans, une influence considérable sur l’extrême droite : l’Action française ». Charles Maurras va en devenir l’un des responsables majeurs. Son originalité, une « combinaison du nationalisme et du traditionalisme contre-révolutionnaire, deux traditions qui jusque là ne s’accordaient guère… En second lieu, l’AF se différencie des autres ligues par son souci d’élaborer une doctrine cohérente… les mouvements précédents ayant échoué faute d’avoir su définir avec clarté leurs objectifs. » Au cœur de son programme, une critique de la démocratie et du parlementarisme, la nécessité de rétablir la monarchie et, pour l’Église, « la légitimation du pouvoir ne provenant que de Dieu ». Cela, alors que Maurras n’est plus croyant.

C’est en 1908 que se créent les Camelots du Roi dirigés par Maxime Réal del Sartre. Au lendemain de la première guerre mondiale, vers 1919, les ligues se multiplient et c’est l’apparition des premières idéologies totalitaires. Les associations d’anciens combattants, avec leurs trois millions d’adhérents, jouent un rôle important dans la vie politique française. Elles sont « animées par un fort antiparlementarisme mais aussi par un républicanisme incontestable, les anciens combattants souhaitent un renforcement de l’exécutif et une rationalisation du législatif. » À noter aussi en contrepoint la naissance du Parti communiste français (PCF) en décembre 1920 et la création de la Confédération générale du travail unitaire (CGTU) en 1922 issue d’une scission d’avec la CGT.

La crise des années trente (1931 en France) va accroître les tensions.

Les Croix-de-Feu apparaissent en 1927 dont l’un des dirigeants à partir de 1931 est le colonel François de La Rocque. « Les Croix-de-Feu ont une structure paramilitaire imitée du parti mussolinien ». Pourtant elles refusent de s’allier avec les autres ligues lors de l’attaque de l’Assemblée nationale du 6 février 1934. Elles sont en concurrence avec l’Action française. En 1935, les Croix-de-Feu deviennent le Mouvement social français (MSF) et obtiennent 20 députés aux élections législatives de 1936. Après la dissolution des ligues par le gouvernement du Front populaire, La Rocque crée le Parti social français (PSF) qui rencontrera un certain succès. « Poursuivant son action dans le cadre des institutions républicaines, le PSF occupe une place importante sur la scène politique en 1939. Sous l’occupation, La Rocque sera partisan du maréchal Pétain mais se montrera hostile à la politique de collaboration du gouvernement avec l’Allemagne nazie. »

À noter la création des Jeunesses patriotes en 1934 qui sont issues de la section jeune de la ligue des patriotes avec à leur tête Pierre Taittinger. Celui-ci « … soutiendra la politique du Maréchal et sera à partir de 1943 président du Conseil municipal de Paris ».

En 1924, le général de Castelnau participe à la création de la Fédération nationale catholique (FNC). Elle « … se veut le porte-parole des catholiques conservateurs qui s’inquiètent plus de la diffusion du communisme que de la montée du fascisme en Allemagne et en Italie. » En 1936, elle s’engage contre le Front populaire, en 1938, se range dans le camp des munichois et sous le régime de Vichy, certains choisissent la collaboration. »

Quelques organisations d’extrême droite s’implantent dans la paysannerie avec Dorgères dans l’ouest et Bilger dans l’est du pays. Mais seule une minorité de paysans participent ou soutiennent ces organisations.

Dans la mouvance d’extrême droite, Jacques Doriot (exclu du PCF en 1934) crée en 1936 le Parti populaire français (PPF). Ce mouvement est composé d’anciens communistes, d’anciens maurrassiens, d’anciens Croix-de-Feu et d’intellectuels. C’est un parti jeune et avec une importante composante ouvrière. S’il dénonce le capitalisme et le libéralisme, il dépend essentiellement des « … subventions du patronat… » Doriot « … opère un glissement à droite… » et son mouvement prend une connotation fasciste par ses méthodes, son programme, sa xénophobie et son antisémitisme, et son culte du chef.

La Cagoule, dans ces années entre deux guerres regroupe le Comité secret d’action révolutionnaire (CSAR) dirigé par Eugène Deloncle qui organise la mise en place de caches d’armes, et l’Union des comités d’action défensive ou Cagoule militaire créée par le général Dusseigneur. La Cagoule multiplie les attentats dans les années 1936-1937 qui sont dénoncés par les mouvements d’extrême droite. « Les ligues ne constituent pas, durant l’entre-deux-guerres, le seul instrument au service de l’extrême droite. » La presse nationaliste et ses écrivains dont Drieu la Rochelle, Céline ou Brasillach jouent un rôle important.

Avec la signature de l’armistice en juillet 1940, les divisions de l’extrême droite se poursuivent avec, d’une part « les maréchalistes » et, d’autre part « les pro-nazis ». Ils « ne partagent pas les mêmes ambitions. » Et pendant quatre ans, les affrontements pour la conquête du pouvoir « vont se prolonger sur fond d’occupation étrangère, la guerre nationale se mue en guerre franco-française. »

L’évolution de Vichy, de l’État français sous la direction de Pétain, va comporter deux grandes phases. La première est celle de la Révolution nationale avec comme mot d’ordre « Travail, Famille, Patrie » et avec pour objectif le « redressement national ». Mais « dés la fin de l’année 1941, il est clair que la Révolution nationale est un échec, les résultats obtenus étant à l’exact opposé des objectifs initiaux. » C’est l’apparition du « second Vichy » avec la création « de la Milice, du STO et des cours martiales expéditives ». Rapidement « la collaboration mène au déshonneur et à la complicité avec le nazisme. »

En conclusion, « tous les fascistes de 1940 ne jouèrent pas la carte allemande, mais tous les collaborationnistes de 1944 étaient devenus fascistes. »

Après la fin de la guerre il faudra une dizaine d’année pour que les mouvements d’extrême droite se rétablissent. Mais c’est la guerre d’Algérie qui permettra « son plein épanouissement. » Dés 1947 pourtant, paraît le premier périodique d’extrême droite Écrits de Paris.

Les années cinquante sont « propices à l’émergences d’individualités d’extrême droite qui, faisant jouer, en leur faveur les difficultés du moment, sauront se faire entendre. » C’est là qu’apparaissent alors les noms de Jean-Louis Tixier-Vignancour, Jean-Marie Le Pen et Pierre Poujade, adhérents de l’Union des intellectuels indépendants créée par Charles de Jonquières.

Jean-Louis Tixier-Vignancour avait rallié Pétain et été condamné à la Libération. En 1965, candidat à l’élection présidentielle, il obtient 5,27 % des voix au premier tour avec Jean-Marie Le Pen comme directeur de campagne.

Pierre Poujade s’était rallié à Vichy en 1940. En novembre 1953, il crée l’Union de défense des commerçants et artisans (UDCA) qui va se prononcer pour l’Algérie française. Ce mouvement rassemble plusieurs filiales comme l’Union de défense de la jeunesse française (UDJF) présidée par Jean-Marie Le Pen. L’UDCA réalise 11,5 % des suffrages lors des législatives de 1956, Jean-Marie Le Pen devenant alors député.

La poursuite de la guerre d’Algérie, l’arrivée du Général De Gaulle au pouvoir en mai 1958 voient une accélération des événements.

Les années passant, une issue positive au conflit algérien est exigée par une large majorité de la population et entraîne un clivage des positions de l’extrême droite. Début 1961, 75,2 % des votants au référendum sont favorables à la politique d’autodétermination en Algérie et, dans la même période, se constitue l’Organisation armée secrète (OAS). Cette organisation d’extrême droite réunit dans la clandestinité des militaires et des civils qui vont pratiquer la violence estimant qu’elle « seule nous donnera la parole à présent. » Après les accords d’Évian du 18 mars 1962, l’indépendance de l’Algérie est inéluctable. C’est alors que l’OAS « … se livre à des exactions aussi sanglantes que désespérées. La politique de la terre brûlée témoigne de l’ampleur de la faillite. » Mais « la France défaite en Algérie, voilà qui porte un coup sévère à l’extrême droite qui a soutenu et s’est impliquée directement dans la cause « Algérie Française ». » C’est donc une traversée du désert pour l’extrême droite qui poursuit tout de même son combat contre De Gaulle.

Quelques mouvements tentent de se structurer avec Occident et Ordre nouveau puis, en octobre 1972, apparaît le Front national dont un des animateurs est Jean-Marie Le Pen.

En 1969, apparaît le Groupement de recherches et d’études pour la civilisation européenne (GRECE). C’est une « société de pensée à vocation intellectuelle. » Son objectif est de donner des arguments pour contrer et combattre l’adversaire et procéder à une rénovation doctrinale.

En 1975, se crée le Comité de liaison des officiers et sous officiers de réserve (CLOSOR) avec comme objectifs de « … promouvoir l’idée de la défense…  » et »… réconcilier la nation avec l’armée… ». Le CLOSOR est secondé par le cercle Clausewitz (formé par des officiers d’actives membre du GRECE) et publie la revue Nation Armée.

Au cours de ces années-là, la Nouvelle Droite favorise un certain nombre de conceptions qui vont influencer la droite et l’extrême droite.

Dans les années 80, en particulier aux législatives de 1983, une percée du Front national est notable avec l’élection de 30 députés au Parlement. « Le Front national a choisi l’option légaliste et non l’agitation ligueuse pour conquérir le pouvoir… ». En effet « … l’originalité de son idéologie étant de réunir en un tout composite les éléments empruntés ça et là aux diverses familles extrémistes. » Tout de même, le Front national conserve quelques ambiguïtés sur plusieurs sujets et ses relations qui lui donnent une coloration néo-fasciste. Mais son programme ne peut pas être identifié à un parti fasciste. À noter quand même que Rivarol est l’hebdomadaire le plus important d’extrême droite et qu’il a tendance à se rapprocher du courant néo-fasciste.

Les catholiques proches de l’extrême droite se divisent en deux camps, les intégristes menés par Monseigneur Lefebvre (comptant près de 100 000 fidèles) et les modérés.

En conclusion, « … chaque fois portée par des crises à l’avant scène, l’extrême droite n’a jamais vraiment pu bénéficier de celles-ci, au point de devoir à maintes reprises retourner dans l’ombre, pour une durée plus ou moins longue. » « Elle aura aussi été « … incapable de masquer la pauvreté de ses propositions, indigence qui la conduit invariablement à la perte d’un électorat occasionnel ».

Mais les idées d’extrême droite sont, au cours des décennies, dénoncées et combattues par les forces progressistes syndicales et politiques qui les font reculer.

 

Sources :

Chebel d’Appollonia Ariane, l’Extrême droite en France. De Maurras à Le Pen.

Sous la direction de Maryse Souchard, Benamar Médiène, Jean Talet, Fascismes d’hier et d’aujourd’hui.

 



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