Clara Zetkin

Quelques moments de la vie et des prises de positions de Clara Zetkin, militante révolutionnaire allemande d’après le livre de BADIA Gilbert, Clara Zetkin, féministe sans frontières.

Clara Zetkin est née en 1857 à Wiederau, village saxon. Son père Gootfried Eisner exerce les fonctions d’instituteur. Il a épousé en seconde noce Joséphine Vitale, veuve et fille d’un officier de Napoléon fixé en Allemagne.

« La mère de Clara était une femme cultivée, ouverte aux idéaux de la Révolution Française, transmis sans doute par son père et qui avait partagé les espoirs qu’avait fait naître, dans une partie de la population, la révolution de 1848. »

De janvier à juin 1848, des révolutions ont secoué la France, l’Allemagne, l’Autriche et l’Italie c’est « Le printemps des peuples ».

Cela pourra avoir une influence certaine sur l’évolution et les positions de Clara.

C’est à Leipzig, en faisant ses études pour devenir enseignante qu’elle « fait connaissance d’Ossip Zetkin, de dix ans son aîné, originaire d’Ukraine… influencé au départ par les idées populistes, il avait été gagné au socialisme… »

Elle fait aussi connaissance d’une femme russe « Sophie Goldfriedrich, épouse d’un fonctionnaire allemand, passionnée par les théories socialistes, qui aurait eu sur l’orientation ultérieure de la jeune fille une influence considérable. »

Ces prises de positions la mettent en conflit avec sa direction d’école mais aussi avec sa mère.  » A vingt ans, « Clara Eisner refusa d’être « sérieuse », elle choisit ou plutôt accepta de rompre avec ses professeurs et sa mère… pour s’engager sur un chemin dont le tracé et le débouché étaient tout à fait incertains. »

Sa carrière d’enseignante terminée, elle devient préceptrice. Elle poursuit ses rencontres régulières avec Ossip et commence à militer pour les sociaux-démocrates. Mais ce dernier est expulsé par la police de son pays. Elle se rend en Russie, en Autriche et en Suisse, « l’étape de Zurich, pour brève qu’elle fût, ne laisse pas d’être importante pour l’avenir de Clara. » Elle rencontre le correspondant de Marx, l’ami d’Engels, Eduard Bernstein.

Elle rejoint Ossip et s’installe à Paris en 1882. Elle y prend le nom de Zetkin sans pour autant se marier et a deux enfants. Ils survivent de traductions et de « leçons de langues ». Elle connaît la misère, les expulsions et toutes les difficultés qui la rapproche des conditions que connaissent les ouvrières à ce moment-là. Mais « ces années parisiennes ont été pour Clara Zetkin des années de formation idéologique, ses  » universités politiques »… Malgré de terribles conditions, la nécessité d’élever ses enfants, elle apprend le métier de journaliste en rédigeant la nuit. Elle étudie sérieusement la théorie marxiste et développe son internationalisme ».

Elle écrit en 1887 « le socialisme n’est ni allemand, ni français, mais international ». Elle fait la connaissance de nombreux dirigeants socialistes français, des filles de Marx et de responsables allemands et russes.

En 1889, son compagnon Ossip décède, c’est une terrible épreuve pour Clara, car disparaît celui qui la forma « au socialisme marxiste et à la révolution ». Elle poursuit tout de même son travail de correspondante pour plusieurs journaux allemands et autrichiens. La même année, elle participe activement à la préparation du Congrès ouvrier international fondant la II ème Internationale à Paris. Elle s’inscrit dans la préparation pratique et c’est sa première intervention devant « quatre cents délégués et déléguées militants chevronnés venus de toute l’Europe » qu’elle s’exprime sur « la situation des travailleuses en régime capitaliste ». « Elle avait affirmé politiquement ses connaissances dans le domaine qui allait être le sien, celui des femmes, en particulier des ouvrières ». Elle se fit connaître de nombreux dirigeants et fut appréciée des « dirigeants de la social démocratie allemande. »

En 1890, elle décide de retourner en Allemagne.

Son pays qu’elle connaissait dix ans avant s’est transformé sur le plan économique, social et politique.

La participation des femmes dans l’activité industrielle augmente plus vite que celle des hommes grâce à un essor de l’économie. Le parti social démocrate accroît son audience et les syndicats se renforcent y compris chez les femmes même si c’est de façon moins importante, « les salaires féminins sont nettement inférieurs à ceux de leurs collègues masculins… »

La misère touche les femmes en activité dans leurs conditions de vie et de travail. Caractéristique essentielle de ces femmes, elles sont « peu éduquées, ayant quitté très tôt l’école, inorganisées, sans formation professionnelle pour la plupart. »

C’est à cette catégorie que Clara s’adresse.

Les droits des femmes connaissent de nombreuses restrictions en matière de formation et de participation à la vie politique.

Le salaire d’un travailleur ne suffit plus à nourrir la famille. « Le travailleur marié est dès lors contraint de compter sur le salaire de sa femme. Autrefois esclave de l’homme, la femme, désormais contrainte de travailler hors de chez elle, est devenue esclave du capital. Mais en même temps elle a ainsi conquis son indépendance économique… »

Elle refuse toute lutte commune avec les associations de femmes bourgeoises. Elle « déduit qu’en raison de leurs différences de classe les femmes qui militent pour l’émancipation des travailleuses n’ont guère de terrains de luttes communs avec les féministes bourgeoises. »

Cette position n’est pas toujours comprise même à l’intérieur du parti social démocrate. Au début, elle s’oppose à la mise en avant de revendications féminines sauf « au profit des femmes enceintes ».

« L’attitude de Clara Zetkin s’explique par la volonté de désarmer les adversaires du travail féminin, nombreux à l’époque dans les rangs socialistes. Moins payées, les femmes étaient considérées comme des concurrentes déloyales des hommes. »

Mais pour les besoins économiques, l’appel est fait aux ouvrières et « les ménages ouvriers avaient de plus en plus besoin de l’appoint du salaire féminin. » Ce qui amène Clara Zetkin à changer de position : « elle va désormais se battre pour accroître la protection légale des travailleuses. » Elle se bat en même temps pour la syndicalisation des femmes et pour leur adhésion au parti socialiste.

A l’intérieur du parti social démocrate, elle bataille pour que les femmes puissent avoir les même responsabilités que les hommes.

Dans le parti, « l’influence de Clara Zetkin ne cessa de grandir, au point qu’elle ne tarda pas à être la figure de proue du féminisme prolétarien allemand, au développement duquel elle prit une part prépondérante ». « Entre 1890 et 1914 des améliorations notables des conditions de travail » sont obtenues.

Elle quitte Paris en été 1890 et après une cure de repos en Forêt Noire, elle s’installe à Stuttgart « dans la capitale du Wurtemberg ».

L’éditeur Dietz, qu’elle connaît pour avoir réalisé des traductions, lui confie « la responsabilité du très modeste journal féminin qu’il venait de lancer ». « Le premier numéro de Die Gleichheit (L’Egalité) paraît le 11 janvier 1892″.

Au départ, le journal n’est pas très attractif, les articles sont longs et les brèves sont rares.

Grâce au travail et à l’investissement de Clara le journal va s’améliorer « journalistiquement parlant. Les échos et les nouvelles brèves vont peu à peu remplacer les longs articles », son objectif est d’atteindre les militantes pour mieux les former. Elle s’entoure d’un réseau de correspondantes à travers le pays.

A partir de 1908, le journal change de visage et passe de huit à seize pages. Il s’élargit dans son contenu aux problèmes de société concernant les femmes et les enfants, « l’éducation des enfants tient une place non négligeable ». Grâce à ses efforts, de quelques centaines d’exemplaires au départ, il passe à 125 000 abonnées en 1914.

En 1907, « Clara Zetkin devient secrétaire internationale des femmes socialistes, Die Gleichheit devenant alors l’organe de ce groupement international ». « … Le nombre d’articles écrits par des socialistes d’autres pays… ne cesse d’augmenter ».

Il contribue de façon décisive  » à l’organisation du mouvement féministe prolétarien ».

Clara Zetkin dans sa ligne éditoriale « disposait… d’une relative autonomie, à une condition : ne pas s’en prendre à la ligne politique du SPD » (Parti Social Démocrate).

Ce journal a tenu une grande place dans la vie de Clara Zetkin.

Elle s’exprime aussi sur les questions du féminisme.

« Que Clara Zetkin ait lutté, sa vie durant, pour l’émancipation sociale des femmes, qui pourrait le contester ? Mais qu’en est-il de son féminisme ? C’est à dire s’est-elle jamais intéressée à la femme, à ses problèmes spécifiques ? ».

Son analyse marxiste la ramène à la place de la femme dans la société et surtout dans « le processus économique ». Elle pense que les modifications de cette situation entraîneront une modification  » à la longue » aussi des « comportements et mentalités ».

Sans pour autant négliger ce qui représente la spécificité féminine, elle pense que « l’objectif de la femme moderne c’est, selon elle, le développement simultané et harmonieux de sa féminité et de son humanité ». Elle affirme « le refoulement de sa féminité, le refus du mariage et des enfants ne lui apparaissent pas… comme des conditions préalables de l’épanouissement maximal de sa personnalité ». Elle souhaite des couples « partenaires égaux en droit et s’enrichissant mutuellement ». Elle se prononce pour « l’approbation du divorce par consentement mutuel » et pour « l’union libre ». Elle est persuadée qu’une évolution dans le temps permettra une égalité des sexes et « garantira à la vie amoureuse de la femme plus de liberté avant le mariage ».

Sur les questions sexuelles, elle répond à Lénine critiquant les révolutionnaires allemands qui parlent beaucoup de ces questions. Elle écrit « la question sexuelle et la question du mariage engendraient toutes sortes de problèmes, de conflits et de souffrances pour toutes les femmes de toutes les classes ». En précisant que la guerre « avait extrêmement aggravés… les rapports sexuels ».

« Quel que soit l’intérêt et la pertinence de l’argumentation de Clara « l’unification harmonieuse du métier de mère et du travail professionnel » relève d’un vœu pieux, même si, effectivement, au cours des ans, le travail de ménagère s’est trouvé allégé ».

Dans la société allemande de cette époque (début XX ème siècle) « la thèse de l’infériorité de la femme continue d’être largement admise et étayée par une argumentation pseudo-scientifique ». Ainsi que le refus de l’égalité dans le couple et « l’affirmation d’une nature féminine qui confine la femme dans le rôle d’épouse et de mère ». Cette conception est largement partagée par les sociaux démocrates et « le restera sous la république de Weimar ». Même « l’attribution des droits politiques » ne fera pas évoluer les mentalités ». « Les femmes resterons cantonnées dans les tâches sociales auxquelles les prédisposerait leur spécificité maternelles ».

Cette conception est largement partagée par les communistes entre 1919 et 1933, ils sont « plus proches des vues social-démocrates que des conceptions de Clara Zetkin ».

Sur la lutte pour le droit de vote, après de multiples hésitations et même parfois des oppositions, Clara Zetkin met au centre des revendications sociales la nécessité du droit de vote des femmes à toutes les élections.

En 1907, elle propose et fait adopter, à la conférence féminine internationale de Stuttgart, une résolution précisant « les partis socialistes de tous les pays… ont le devoir de lutter énergiquement pour l’instauration du suffrage universel des femmes… qu’il s’agisse des Assemblées législatives ou communales. »

Mais elle précise la nécessité de voir disparaître « la propriété privée, racine de l’exploitation et de l’oppression. »

En 1910, sur proposition de Clara « la résolution décida l’organisation chaque année au mois de mars d’une journée internationale des femmes ».

« Après 1910, Clara Zetkin se trouve placée devant un terrible dilemme. Seul le parti social-démocrate est en mesure à ses yeux d’assurer à terme, par ses luttes, l’émancipation des femmes. Or ce parti est dirigé par des hommes dont elle mesure les défauts et les faiblesses sur le plan humain, dont elle combat les orientations politiques parce qu’elle estime que celles-ci empêchent ou compromettent la possibilité d’un changement de société ».

Elle remet en cause les orientations du parti qui n’a plus d’objectif révolutionnaire.

A partir de 1911, « les femmes socialistes et féministes bourgeoises progressistes ont marché ensemble ».

L’ensemble de ces actions conjuguées ont permis, au « lendemain de la Révolution de Novembre 1918″ d’obtenir le droit de vote pour les femmes.

Elle prend aussi position sur les questions de l’éducation et de l’enseignement qu’elle défend à l’intérieur du parti puis en tant que députée au Reichstag (parlement allemand où elle siège de 1920 à 1933 en tant qu’élue communiste).

Les grands principes sont les suivants :

  • L’école doit devenir une préoccupation prioritaire de l’Etat Allemand, du pouvoir central.
  • L’école doit « être gratuite, laïque et unifiée, c’est à dire qu’il devrait y avoir un même type d’écoles de la maternelle à l’université, accessible à tous les enfants quelles que soient leurs origines sociales, c’est à dire identiques dans les divers Etats composant le Reich ».
  • Les classes ne doivent pas être surchargées (entre soixante et quatre-vingts enfants, c’est la moyenne par classe).
  • Il faut revaloriser le traitement des enseignants pour qu’ils se consacrent uniquement à leur métier.
  • Il faut instaurer la « Gratuité de l’enseignement, mais aussi gratuité du matériel pédagogique et des repas pris à l’école. »
  • Il faut mettre en place une formation professionnelle.
  • Il faut instaurer la mixité pour les enfants et les enseignants avec un déroulement de carrière identique jusqu’au poste d’encadrement.
  • Il faut supprimer l’enseignement religieux à l’école qui n’est pas compatible avec la notion de laïcité
  • Il faut mettre en place une médecine scolaire et introduire du sport à l’école.
  • Il faut aider les parents à « remplir leur rôle d’éducateurs » en ayant plus de temps, de meilleurs salaires, des logements plus confortables, une meilleure protection sanitaire, etc… »

« Clara Zetkin reprend à son compte la finalité de Comenius, ce pédagogue tchèque du dix septième siècle, assignait à l’éducation : « former tous les êtres humains à tout ce qui est humain. ». Cette tâche est celle de la société. L’Etat doit ou plutôt devrait y consacrer les fonds nécessaires. »

En été 1914, « Clara Zetkin croyait que l’Internationale serait assez forte pour empêcher la guerre ». Mais la gauche de parti social démocrate « dénonçait la passivité de la direction, voire ses inconséquences… »

Au congrès de 1912 de l’Internationale socialiste, elle « prononça un discours passionné » indiquant notamment :

« Ne sont-ils pas les fils des masses laborieuses qu’on trompe, qu’on excite, qu’on aveugle et qu’on lance les uns contre les autres pour qu’ils se massacrent ? »

Mais le 4 août 1914 « le groupe parlementaire social démocrate venait de voter les crédits de guerre ».

« Alors commencent pour Clara, comme pour ses camarades de l’aile gauche, des temps difficiles de semi-clandestinité… »

Elle critique l’attitude et le revirement du parti social démocrate. Elle écrit d’ailleurs « la majorité de la social-démocratie allemande n’est plus aujourd’hui un parti prolétaire, un parti socialiste de lutte de classe, mais un parti réformiste, un parti nationaliste… »

Elle réussit au prix d’énormes difficultés à maintenir la parution de son journal Die Gleichheit, malgré la censure, les tracasseries du pouvoir et l’opposition de son propre parti qui ne supporte pas la remise en cause de la politique de l’Union Sacrée.

Malgré les tracasseries policières et administratives et les difficultés dans son propre parti, elle organise une conférence internationale de femmes socialistes en 1915 à Berne. Une motion condamnant la guerre est adoptée mais  » sans condamner expressément les partis socialistes » par la majorité des représentants à l’exception des déléguées bolcheviques et polonaises.

« Un appel de Clara Zetkin aux femmes de tous les pays fut adopté ». Il indique notamment : « qu’attendez-vous pour manifester votre volonté de paix… Jusqu’ici vous n’avez fait que subir, à présent, il faut agir. A bas la capitalisme et ses hécatombes d’êtres humains sacrifiés à la richesse et au pouvoir des possédants. A bas la guerre ! En avant vers le socialisme ! ».

« Cet appel fut diffusé clandestinement dans tous les pays européens ».

Clara Zetkin consacre beaucoup d’énergie à sa diffusion dans toute l’Allemagne et le 29 juillet 1915 elle est incarcérée sous l’inculpation de « tentative de haute trahison ». Mais pour des raisons de santé elle est relâchée le 12 octobre. La police poursuit sa surveillance sans relâche.

Sa santé se dégrade et les privations n’arrangent rien « et pourtant, en dépit de tout, elle réussit quinzaine après quinzaine à faire paraître son journal ».

Mais les relations avec le parti social démocrate se sont dégradées. En effet, les effets dévastateurs de la guerre commencent à inquiéter une partie des élus et les militants du parti. L’adhésion de Clara Zetkin au parti social-démocrate indépendant (USPD ) donne l’occasion à la direction du SPD « d’en finir avec cette opposante qu’on avait jusqu’alors ménagée. Six semaines après la fondation du nouveau parti, Clara Zetkin fut congédiée sans préavis de son poste de rédactrice de Die Gleichheit. »

Son départ a sonné peu à peu le glas de ce journal de grande audience, en direction des femmes.

Entre temps, un groupe de militants de la gauche du parti décide l’édition d’un bulletin appelé les Lettres de Spartacus, d’où « le nom qui désigne désormais les adhérents de ce mouvement, les spartakistes ».

Dès février 1917, Clara Zetkin soutient la révolution « qui mettait fin au régime tsariste ». Mais après la deuxième révolution de novembre 1917, elle soutient sans réserve les bolcheviks indiquant « eux n’ont jamais « pactisé avec les partis de la gauche bourgeoise » – critique directe à l’adresse des sociaux démocrates- mais ont affirmé d’entrée de jeu que « la révolution ne pouvait être assurée que par la dictature du prolétariat et la prise de tout le pouvoir gouvernemental par des conseils d’ouvriers et de soldats »".

A partir de 1918, elle correspond avec Lénine.

« Cette adhésion si totale de la révolution russe et à l’œuvre des bolcheviks se fonde certes en premier lieu sur des motifs politiques. Des raisons toutes personnelles expliquent sans doute aussi, pour une partie du moins, l’exaltation de Clara. 1917, c’est l’année de la rupture définitive avec son mari… »

Sans doute est-elle nostalgique de son adolescence, de ses connaissances et amitiés de ce moment là et aussi en « souvenir surtout des huit années – somme toute heureuse malgré les difficultés matérielles- vécues avec Ossip à Paris ». (Père de ses deux enfants).

Si la direction de l’USPD est divisée à ce moment là, les spartakistes partagent l’enthousiasme de Clara.

La révolution allemande de 1918 va balayer « l’empereur et les princes jusqu’alors à la tête des différents Etats du Reich ».

Clara Zetkin est dans un certain isolement à ce moment là, « les amis les plus proches Karl Liebknecht, Rosa Luxembourg, sont en prison ». Elle est en lutte à une surveillance policière très étroite y compris pour sa correspondance. Les moyens de communiquer et d’avoir des informations sont très limités.

En novembre 1918, l’ébullition populaire gagne du terrain chez les soldats et les ouvriers dans toute l’Allemagne. La guerre, la situation sociale et la révolution bolchevik ont des influences certaines sur ce qui va constituer le début de la Révolution de 1918 et qui va entraîner la chute de l’Empire et être à l’origine de l’avènement de la future République de Weimar en 1919.

L’état de santé de Clara ne lui permet pas de trop se déplacer, ses seuls contacts sont avec les militants de Stuttgart où elle participe à quelques rencontres et réunions. Des conseils ouvriers, avec des programmes incluants en premier l’arrêt des hostilités et d’autres revendications, voient le jour en 1918 et 1919 mais les femmes y participent peu. Dans une sorte d’accord général, elles retournent à leurs tâches ménagères.

A partir de novembre 1918, elle commence à avoir des contacts en particulier avec Rosa Luxembourg, à Berlin. Cette dernière la sollicite pour qu’elle écrive dans Die Rote Fahne (Le Drapeau Rouge) le journal Spartakiste qui deviendra quelques mois plus tard le journal officiel du Parti Communiste Allemand (KPD). Son premier article s’intitule « La révolution et les femmes ».

Durant cette période les télécommunications et les transports sont désorganisés, ce qui conduit encore plus Clara Zetkin à ne pas envisager de déplacement dans la capital du Reich.

A partir de 29 novembre « Clara est chargée de rédiger un supplément féminin de huit pages qui sera ajouté, une fois par semaine » à Die Rote Fahne.

Mais entre les spartakistes et la direction de l’USPD les divergences sont profondes. « L’objectif premier » pour la majorité de l’USPD « était de « rétablir l’ordre » au plus vite fût-ce au besoin en écrasant les révolutionnaires ».

Devant l’impossibilité d’entraîner la direction du parti sur des positions révolutionnaires, les Spartakistes convoquent une conférence nationale qui va décider de la création du parti communiste allemand.

Clara Zetkin n’a pas participé à cette réunion. Par un compte rendu des délégués de Stuttgart elle prend connaissance du programme et adhère à son objectif qui « était la fondation d’une république socialiste ». Mais « ce qui l’inquiétait, c’étaient les positions défendues par une majorité de jeunes délégués dont l’enthousiasme révolutionnaire troublait la vue et faussait le jugement ». Rosa Luxembourg partage ses interrogations et ses inquiétudes.

Début janvier 1919 la répression, au cours de la semaine sanglante, s’abat sur les Spartakistes et leurs principaux dirigeants. « Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht étaient sauvagement assassinés par les forces contre-révolutionnaires » le 15 janvier 1919.

Clara déploie alors une grande énergie. « On la sollicite de partout. N’est-elle pas la seule survivante de ce groupe de mousquetaires Spartakistes dont l’assassinat a fait des martyrs de la cause communiste ? ». A partir de janvier 1919 « elle a été élue députée au Landtag de Wurtemberg sur une liste de l’USPD ».

Dans cette période « d’agitation révolutionnaire les femmes sont peu présentes. Pourtant leur poids est considérable ». Elles disposent du droit de vote et « en font usage ». Les soucis permanent de Clara est de les informer. Elle prend la direction d’un journal édité en leur direction La Communiste.

Aux élections de juin 1919 elle est la tête de liste des candidats présentés par le parti communiste, elle est élue au Reichstag où elle va siéger jusqu’en 1933.

C’est en octobre 1920 qu’elle se rend en Union Soviétique. Elle s’enthousiasme pour l’engagement des soviétiques, qui malgré d’énormes difficultés et de nombreux obstacles poursuivent leur politique. Elle prend fait et cause pour la patrie du socialisme. Elle sillonne le pays et participe à de nombreuses rencontres. « Mais l’événement qui aura pour Clara Zetkin les plus grandes conséquence, ce furent ses rencontres avec Lénine. Elle eut avec lui au cours de ce voyage trois entretiens… »

Elle a effectué de nombreux voyages en Russie soviétique et a eut l’occasion de rencontrer et de discuter régulièrement avec lui. « Ainsi se développa entre eux une amitié qui ne cessa de s’approfondir jusqu’à la mort de Lénine. Cette relation si familière avec Lénine ne fut pas sans conséquence pour l’activité politique ultérieure de Clara Zetkin ». C’est au cours de ses voyages qu’elle rencontre Zinovier qui a « en charge les destinées de la jeune Internationale communiste et, à ce titre, les relations avec les partis communistes occidentaux ». Elle est alors chargée des relations avec la France et l’Italie, les deux partis ne s’étant pas encore prononcés pour l’adhésion à l’Internationale, c’est elle qui est présente au congrès de Tours en décembre 1920 et de Milan en octobre 1921.

Va suivre une période complexe et difficile, où les oppositions fortes sur la stratégie politique à suivre en Allemagne vont se manifester. Naturellement Clara Zetkin affirme ses positions et son opposition à la direction du KPD et elle reçoit un blâme de l’Internationale. D’ailleurs elle démissionne des organes dirigeants. Elle ne cesse d’intervenir auprès de l’Internationale et de Lénine pour demander une liberté d’action et d’appréciation prenant en compte la situation sociale et économique du pays.

Elle indique « sur ce qui différencie la situation en Allemagne de celle de la Russie… » et précise « que la puissance d’un parti révolutionnaire varie en fonction de l’importance, de l’ancienneté et des traditions historiques du prolétariat de chaque pays ». Elle précise ses positions pour l’Internationale dans sa conception des rapports avec les partis communistes. « Il oublie (le Comité exécutif de l’Internationale) que, plus les partis communistes grandissent, plus ils ont le devoir d’agir, et plus il faut leur laisser de liberté d’action sur la base des conditions concrètes, à condition bien sûr qu’ils respectent les directives internationales au plan de la stratégie et de la tactique ».

Au congrès de l’Internationale à Moscou en juin 1921, Lénine intervient pour éviter que la direction du KPD ne s’entre-déchire et un « traité de paix fut signé entre majorité et opposition… ». Mais de retour à Berlin les luttes fratricides entre tendances se poursuivent, Clara intervient et demande l’arbitrage de Lénine, puisque « Lénine est la seule autorité reconnue par les camps ennemis » (à l’intérieur du parti). Ce qu’il fait au travers d’une lettre adressée et « lue au congrès du KPD et publiée dans Die Rote Fahne des 22 et 23 août 1921″.

Clara poursuit son combat à l’intérieur de l’Internationale pour que chaque parti est une « autonomie » d’analyse, de jugement et de décisions prenant en compte la réalité du terrain. Mais « aussi bien le III ème congrès, que la lettre du parti Russe de janvier 1922 montre que Moscou « impose sa loi ». C’est le parti Russe qui décide de la ligne politique des partis affiliés à l’Internationale ».

« Mais l’orientation qui se dessine et qui va l’emporter au cours des années suivantes réduira peu à peu Clara Zetkin à une relative impuissance. Surtout à partir du moment – proche- où elle ne pourra plus grâce à l’amitié que lui porte Lénine, peser sur les décisions de l’Internationale communiste comme elle l’a fait au printemps 1921″. Elle jouie « en Russie d’un prestige que n’égale ni n’approche celui d’aucun autre communiste occidental ». C’est lors de son premier voyage dans ce pays, en 1920, qu’elle acquiert cette notoriété. « Clara Zetkin sera saluée comme la révolutionnaire occidentale la plus prestigieuse… et l’amie la plus fidèle de la Russie révolutionnaire et de Lénine ».

Elle se verra confier de nombreuses responsabilités dont « celle de membre du Comité exécutif de l’Internationale, fonction qu’elle conservera jusqu’à sa mort ». Elle n’est pas désignée par son propre parti mais « y figure à titre individuel, en raison de ses mérites personnels ». Elle participe aussi à la vie politique de la Russie, « elle est élue députée d’honneur par les Soviéts de Moscou, de Pétrograd, de Bakou, etc… ».

Mais dans son pays la situation n’est pas le même. « Fêtée en Russie soviétique, Clara a beaucoup plus de mal à s’imposer dans son propre parti le KPD ».

En 1924, elle n’est plus membre de la direction du parti et en 1925 « elle ne fut même pas élue au Comité Central ».

En effet, à parti de 1924 « l’ultra gauche » dirige le parti, ceux dont elle a combattu la stratégie.

A partir de 1920, « Lénine l’avait chargé d’élaborer, en concertation avec quelques dirigeants Soviétique, des directives pour le travail parmi les femmes ». Elle y consacre beaucoup de temps et se voit confier « la direction d’un secrétariat féminin international, installé à Berlin et qui était chargé d’animer les mouvements des femmes communistes dans les pays occidentaux ». Sur la suggestion de Clara Zetkin, se tient à Moscou en juillet 1921, une conférence internationale des femmes communistes. Mais elle se heurte aussi bien dans son pays à la direction du KPD « ou du Komintern… à des différences de stratégie particulièrement sensibles s’agissant du travail parmi les femmes ». D’ailleurs « en 1925, le secrétariat féminin installé à Berlin est « rapatrié » à Moscou. Malgré toutes ces difficultés, elle fait connaître les progrès réalisés sur le « statut des femmes » en Russie soviétique.

Elle voyage beaucoup dans toute l’union Soviétique y compris dans l’orient où elle se bat pour l’émancipation des « musulmanes ». Dans le cadre de son soutien au pays des Soviéts, elle s’engage dans la solidarité au travers du secours ouvrier international mais aussi avec le Komintern auprès du secours rouge international. Elle dira d’ailleurs de ce dernier qu’il constitue « le service de santé international des groupements qui luttent pour la libération des classes exploitées et des peuples opprimés ». Mais même dans ces organisations elle rencontre des difficultés et des oppositions avec son propre parti. Elle consacre quand même beaucoup d’énergie à ces actions de solidarité.

Par contre sur son bilan « de l’action « féministe » de Clara Zetkin en Allemagne entre 1919 et 1933, force est d’en constater le relatif échec. Sa politique de rassemblement s’est toujours ou presque heurtée à l’incompréhension, voire au refus e la direction communiste ».

« Les dernières années de Clara Zetkin sont, à coup sûr, les plus dramatiques de sa vie. Non pas tant à cause des souffrances physiques qui marquent cette vieillesse qu’elle mandit dans la mesure ou elle limite ses activités, mais surtout parce qu’elle va se trouver de nouveau et très sérieusement en conflit, en Union Soviétique, avec la direction du parti bolchévick et l’internationale, en Allemagne, avec la direction du parti communiste Allemand ».

Elle critique le manque de connaissances théoriques des dirigeants du KPD. Alors que vers la fin des années vingt, la situation semble favorable pour les communistes, l’absence de cohérence politique et de programme clair profite donc pas au parti mais à la social démocratie. Ce qui en particulier exacerbe l’attitude des dirigeants communistes à leur égard. D’ailleurs la résolution adoptée au congrès en juin 1929 assure que « la social démocratie préparait la dictature fasciste ».

Les prises de position de son propre parti mais aussi en Union Soviétique inquiètent Clara Zetkin. Elle se sent de plus en plus isolée. Dans un courrier du 26 septembre 1929 elle écrit « que l’évolution de l’Internationale et du parti communiste Allemand est catastrophique. La « ligne » (ces guillemets désignent l’orientation politique imposée par Staline) anéanti tout ce que nous a enseigné la théorie de Marx et ce dont la pratique de Lénine a démontré la justesse historique ». Mais elle n’étale pas publiquement ses désaccords. En Allemagne elle jouit d’un grand prestige. Si elle est candidate en août 1930, elle accepte en précisant : « Je marche avec vous en tant que communiste, non en tant que critique convertie et repentante ». Son hostilité à Staline bien réelle se fait dans « la plus grande discrétion ». D’ailleurs « il est frappant que si elle fait très souvent référence à Lénine, elle ne cite presque jamais Staline, ne lui attribue jamais de mérite particuliers, n’assortit pas son nom d’adjectifs flatteurs ».

A partir de 1931, Staline accuse Rosa Luxembourg de « mencheviste » ce qui va la discrédité auprès de nombreux communistes et stopper la publication de ses œuvres.

Dans un courrier adressé à une amie, Clara précise « Le socialisme… signifie bonheur pour l’humanité et pas tyrannie et famine ». Elle refuse quand même de « faire chorus avec les ennemis de l’union Soviétique… ». « Et cela explique sans doute pourquoi Staline ne s’est pas débarrassé d’elle, comme il l’avait fait de ses adversaires au sein du parti soviétique ».

Elle tente aussi d’analyser le fascisme car ni son parti, ni la social démocratie, ni les syndicats ne l’ont sérieusement étudié et n’ont pas mesuré à « temps le danger qu’il représentait pour eux-même et pour l’Allemagne ». « Or c’est cette incompréhension et les erreurs de stratégie qu’elle a induite qui expliquent pourquoi le mouvement ouvrier allemand dont les forces étaient jusqu’au bout numériquement égales ou supérieures à celles des nazis, n’a pas réussi à s’opposer à la montée ni à l’arrivée au pouvoir du fascisme allemand ».

Il faut rappeler les résultats aux élections du 6 novembre 1932, dernières élections libres :

  • SPD et KPD totalisent 13 228 000 suffrages
  • Parti nazi (NSDAP) 11 737 000 suffrages

« Or, à partir du VI ème congrès de l’Internationale (septembre 1928), l’assimilation de la social-démocratie allemande au fascisme devient un point de doctrine aussi bien pour l’Internationale que pour la direction du KPD ». Ce qui naturellement ne pouvait faciliter l’union et la lutte contre la montée du nazisme.

Clara Zetkin ne se résout pas à cette désunion et tente de faire progresser l’union avec la social démocratie tout en maintenant « une fermeté inébranlable sur les principes ». Mais ses appels sont peu ou pas entendus.

Déjà en juin 1923, elle avait, pour l’Internationale, soumis une analyse sur le fascisme. « Aujourd’hui encore son analyse ne manque pas d’intérêt ». Premièrement, elle constate « qu’il n’existe pas d’étude convaincante sur le fascisme », elle parle d’ailleurs d’une « image extrêmement confuse » et elle avance l’idée que ce qui est retenu « jusqu’à présent comme caractéristique essentielle… la terreur brutale qu’il essaie d’imposer ». Deuxièmement elle remarque que « le fascisme ne repose pas sur une petite caste mais sur de larges couches sociales qui englobent même une partie du prolétariat ». D’après elle, il est nécessaire donc de « le battre aussi politiquement et idéologiquement » et non pas seulement lors d’affrontements physiques.

Elle dément l’interprétation de la social démocratie qui affirme que le « fascisme » est « une réaction au communisme et à la révolution soviétique ». Pour elle le déclin économique, les conséquences de la guerre sont des éléments importants. Elle met en avant la responsabilité des communistes. Car « devant l’échec de la révolution, les gens perdent confiance dans le prolétariat en tant que classe capable de transformer la société ». Et elle ajoute que, si la révolution a échoué, les hommes et les femmes « ont pensé que ce serait l’œuvre des éléments les plus capables, les plus énergiques, les plus intrépides de toutes les classes qu’il s’agissait de rassembler en une communauté. Pour les fascistes, cette communauté c’est la nation… l’outil qui doit leur permettre de réaliser d’idéal fasciste, c’est l’Etat. Un Etat fort et autoritaire qui serait à la fois leur créature et leur docile instrument ». Elle résume d’ailleurs les deux caractéristiques constantes du fascisme « un programme pseudo-révolutionnaire qui, très habillement, prend appui sur les courants d’opinion, les intérêts et les revendications des masses sociales les plus larges et, d’autre part, l’emploi de la terreur ».

D’ailleurs en mars 1932 dans une correspondance, elle précise « les sections d’assaut nazies précisément sont composées pour une bonne partie de prolétaires au chômage ».

Elue en juillet 1932, elle devient la doyenne du Reichtag. Elle accepte de prononcer le discours inaugural de la session du parlement. Malgré les menaces et son état de santé, le 30 août elle dénonce le fascisme et appelle à « constituer un front uni de tous les travailleurs » pour le repousser.

A la fin de sa vie comme l’indique l’auteur « Des dix dernières années de la vie de Clara Zetkin on peut présenter deux images apparemment contradictoires. Une femme de santé fragile, presque impotente, qui va de cure en cure, entre coupant ses séjours sur les rivages de la mer Noire ou la mer Baltique par de longues stations dans une maison de repos près de Moscou. Deuxième image : une militante intrépide qui ne renonce à aucune bataille, à aucune occasion d’affirmer ses convictions, que l’adversaire ou l’ennemi s’appelle Staline, Thälmann ou Hitler. »

Sa dernière intervention en public date du 8 mars 1933 à Arkhangelskoie, près de Moscou, « A l’occasion de la journée internationale des femmes, on venait de la décorer de l’ordre de Lénine ».

Elle décède le 20 juin 1933 dans cette maison de repos près de Moscou. Elle a droit à « des obsèques grandioses et elle fut enterrée contre le mur du Kremlin là où reposent les dirigeants communistes les plus célèbres ».



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