Association Internationale des Travailleurs

Elle fut fondée le 28 septembre 1864 à Londres avec la participation de responsables ouvriers anglais et français « ainsi que d’organisations prolétariennes et démocratiques d’émigrés » (italiennes et allemandes notamment). Mais les objectifs et les orientations des différents responsables étaient bien différents. Pour Marx elle « devait… incarner aux yeux des ouvriers eux-mêmes comme aux yeux des bourgeois et des gouvernements, le caractère international du mouvement socialiste et encourager ainsi et fortifier le prolétariat en même temps qu’effrayer ses ennemis » cite Engels.

Le 28 septembre Marx est élu au comité directeur plus connu ensuite sous le nom de Conseil Général, il est aussi élu au comité chargé de rédiger les statuts provisoires pour le prochain congrès.

Après plusieurs réunions et de nombreuses discussions c’est Marx qui écrit les statuts et rédige un document non prévu à l’origine : « L’adresse inaugurale de l’Association Internationale des Travailleurs ». Le comité chargé des statuts et le Conseil Général acceptent à l’unanimité ces textes, ainsi les démocrates bourgeois sont mis en échec.

Dans cette « Adresse » Marx dénonce la situation dans laquelle se trouve le prolétariat : « C’est un fait très remarquable que la misère des masses travailleuses n’a pas diminué de 1848 à 1864, et pourtant cette période défie toute comparaison pour le développement de l’industrie et l’extension du commerce… Le 7 avril 1864, le Chancelier de l’Échiquier (en Angleterre) charmait son auditoire parlementaire… en même temps, il parlait éloquemment de la « Misère ». « Songez », s’écria-t-il, « à ceux qui vivent sur le bord de cet horrible état », aux « salaires qui n’augmentent point », à la « vie humaine qui, dans neuf cas sur dix, n’est qu’une lutte pour l’existence ». »

Marx précise plus loin que d’après : « Le tableau de l’impôt des revenus et des propriétés, présenté à la Chambre des Communes le 20 juillet 1864… 3 000 personnes à peu près partagent entre elles un revenu annuel d’environ 25 000 000 de livres sterling, plus que la somme totale distribuée annuellement entre tous les laboureurs d’Angleterre et du Pays de Galles. »

Et il indique : « La concentration de la propriété du sol s’est accrue en dix années de 11 %. »

Autre constat dressé par « l’Adresse » : « Durant cette « vertigineuse » époque de progression économique, la mort d’inanition s’est élevée à la hauteur d’une institution sociale dans la métropole britannique. Cette époque est marquée, dans les annales du monde, par les retours accélérés, par l’étendue de plus en plus vaste et par les effets de plus en plus meurtriers de la peste sociale appelée la crise commerciale industrielle. »

Dans le même temps Karl Marx constate : « qu’après la défaite des révolutions de 1848, toutes les associations et tous les journaux politiques des classes ouvrières furent écrasés sur le continent par la main brutale de la force. »

Il met aussi en avant les luttes de cette période et leurs succès : « Le bill (projet de loi) des dix heures ne fut donc pas seulement un important succès pratique ; ce fut aussi le triomphe d’un principe ; pour la première fois, au grand jour, l’économie politique de la bourgeoisie avait été battue par l’économie politique de la classe ouvrière. »

Marx trace aussi les limites de la coopération : « Pour affranchir les masses travailleuses, la coopération doit atteindre un développement national et, par conséquent, être soutenue et propagée par des moyens nationaux. Mais les seigneurs de la terre et les seigneurs du capital se serviront toujours de leurs privilèges politiques pour défendre et perpétuer leurs privilèges économiques. » Il met en avant sa pensée : « La conquête du pouvoir politique est donc devenue le premier devoir de la classe ouvrière. Elle semble l’avoir compris, car en Angleterre, en Allemagne, en Italie, en France, on a vu renaître en même temps ces aspirations communes, et en même temps aussi des efforts ont été faits pour réorganiser politiquement le parti des travailleurs. Il est un élément de succès que ce parti possède : il a le nombre ; mais le nombre ne pèse dans la balance que s’il est uni par l’association et guidé par le savoir… c’est poussés par cette pensée que les travailleurs de différents pays, réunis en un meeting public à Saint-Martin’s Hall le 28 septembre 1864, ont résolu de fonder l’Association Internationale. Une autre conviction encore a inspiré ce meeting. »

D’après Marx, l’évolution de la situation internationale a « appris aux travailleurs qu’il leur fallait se mettre au courant des mystères de la politique internationale, surveiller la conduite diplomatique de leurs gouvernements respectifs, la combattre au besoin par tous les moyens en leur pouvoir, et enfin lorsqu’ils seraient impuissants à rien empêcher, s’entendre pour une protestation commune et revendiquer les simples lois de la morale et de la justice qui devraient gouverner les rapports entre individus, comme lois suprêmes dans le commerce des nations. Combattre pour une politique étrangère de cette nature, c’est pendre part à la lutte générale pour l’affranchissement des travailleurs. Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »

A cette époque, il y avait différentes conceptions pour aller vers le changement, notamment :

  • Les trade-unionistes anglais ne remettaient pas en cause la grosse production capitaliste, au contraire, mais ils pensaient amener des corrections sur la question des salaires et la réduction de la journée de travail. Tout cela par des négociations et une meilleure coordination des luttes en espérant que leur conception serait largement partagée.
  • Les proudhoniens français et belges espéraient « instaurer l’harmonie des classes et obtenir à l’échelle internationale un prêt à titre gratuit pour encourager la coopération. »
  • Les lassaliens allemands prônaient « un socialisme de production dans le cadre de l’État. »

Marx réussit à faire accepter son texte par tous, et à ce qu’il soit présenté au congrès de Bruxelles en 1865. Il participe activement aux réunions du Conseil Général et du Comité permanent. Il suit les luttes et les évolutions du prolétariat international. De nombreuses correspondances d’Allemagne, de France, de Suisse, de Belgique et d’Amérique, parviennent au siège de l’Internationale.

D’ailleurs, en 1871, Marx écrit sur l’Internationale qu’elle a été « une lutte continuelle du Conseil Général contre les sectes et les tentatives d’amateurs, qui tentèrent toujours de se maintenir contre le mouvement réel de la classe ouvrière au sein de l’Internationale elle-même. »

A la suite d’un courrier des prolétaires de Leipzig précisant : « … Chaque action des ouvriers, chaque grève a une portée internationale, car, en se posant des objectifs particuliers, les ouvriers mènent en fait la lutte pour la cause de toute leur classe… », Karl Marx propose au Conseil Général de soutenir financièrement ces ouvriers en lutte. Cette forme d’aide internationale aux grévistes en lutte devient une pratique courant de l’AIT

En juin 1865 Marx intervient sur « Salaire, prix, profit », texte connu en 1898 constituant un préliminaire au futur livre Premier du Capital. Pour renforcer l’Internationale, sur proposition de Marx, un membre du Conseil Général participe aux réunions ouvrières pour faire la propagande de l’Association Internationale des Travailleurs.

Quelques moments forts de la vie de l’Internationale.

Le premier congrès de l’Internationale en septembre 1866 se déroule à Genève en l’absence de Karl Marx qui préfère ne pas interrompre la préparation du Capital pour sa publication. « Pour ce travail j’estime faire quelque chose de bien plus important pour la classe ouvrière que tout ce que je pourrais faire personnellement dans un congrès quelconque. »Pour autant il ne se désintéresse pas de la préparation de ce congrès et de son contenu. Il intervient par écrit auprès de plusieurs délégués pour faire connaître ses opinions et positions.

Son soucis est le développement « d’actions communes », d’ailleurs l’ordre du jour du Congrès portait sur « l’unité d’action sur le plan international dans la lutte du Travail contre le Capital. » Marx soulignait que l’objectif était « de développer chez les ouvriers des différents pays non seulement le sentiment, mais le fait de leur fraternité et de les unir pour former l’armée de l’émancipation. » Il fait introduire, après accord du Conseil Général « la revendication de la journée de 8 heures. » Cette revendication s’inscrit dans une « plate forme générale de la classe ouvrière dans le monde entier. »

Il précise aussi dans ses « instructions » la place centrale des syndicats. En effet, à ce moment là, le mouvement syndical est naissant et les formes d’organisations les plus courantes sont « les caisses d’entraide et d’assurances, les sociétés éducatives, sportives, les chorales, etc. ».

« Marx considérait que le côté faible de l’activité trade-unioniste résidait dans son praticisme étroit, qui l’obligeait à lutter pour de menues concessions et à rester en dehors du mouvement social et politique d’ensemble. » Il précisait que par la suite les trade-unions auraient à « agir sciemment comme foyers organisateurs de la classe ouvrière dans le grand but de son émancipation radicale. »

Il revient aussi sur la coopération dans ses instructions lors de la préparation du congrès, prenant en compte l’audience dont jouit cette forme de production auprès des ouvriers. Le travail coopératif est « un large et harmonieux système de travail » mais il en précise aussi les limites « sans l’emploi des forces organisées de la société. Donc le pouvoir gouvernemental, arraché des mains des capitalistes et des propriétaires fonciers doit être manié par les classes ouvrières elles-mêmes. » Karl Marx pose avec force la question à la fois du pouvoir par le prolétariat et la nécessité de l’appropriation collective des moyens de production.

Ce congrès décide d’adopter les documents – programmes du Conseil Général et approuve l’activité des deux ans écoulés. L’Internationale s’implante dans tous les pays chez les « représentants de la classe ouvrière. » C’est une étape importante.

D’autres congrès.

Les congrès se suivent. À celui de Lausanne en avril 1867, Karl Marx ne peut y participer. Il s’assurait de la relecture et de l’impression du Capital dont le premier tome est sorti en septembre 1967 et qui a permis de faire avancer les idées socialistes. Des articles d’Engels en mars 1868 ainsi que des conférences permettent une propagande de ses idées développées dans cet ouvrage.

Marx se prépare pour le congrès de Bruxelles fixé du 6 au 13 septembre 1869. La question du programme socialiste va être au cœur des débats. « Malgré l’opposition des proudhoniens français » le Conseil Général reconnaît à une large majorité (30 voix contre 4) que « le développement économique de la société contemporaine engendrera la nécessité sociale de transformer les terres cultivables en propriété sociale collective. »

D’autres décisions seront prises sans problème comme « le transfert en propriété sociale des forêts, des mines, des chemins de fer, des routes, des canaux, des postes et télégraphe. » Mais c’est en Allemagne, en 1869, qu’après de nombreux débats et s’inspirant des principes et « des documents – programme de l’Internationale » se tient le congrès d’Eisenach (7 au 9 août 1869). Avec l’adoption d’un programme marxiste naît un « parti ouvrier de masse » qui se constitue à l’échelle d’un pays. C’est la fondation du Parti ouvrier social-démocrate.

Le congrès de Bâle (du 6 au 11 septembre 1869) vit « des affrontements directs entre partisans de Marx et de Bakounine. Mais les débats et les désaccords duraient depuis plusieurs mois. Bakounine s’oppose à toute lutte politique. Dans ses théories il avance l’idée de « l’égalisation politique, économique et sociale des classes. » A quoi Marx répond « ce n’est pas l’égalisation des classes, contresens impossible à réaliser, mais au contraire l’abolition des classes, ce véritable secret du mouvement prolétaire, qui forme le grand but de l’Association Internationale des Travailleurs. »

Sur la question agraire les affrontements montrent les divergences entre les deux hommes. Bakounine prône la suppression du droit de succession pour les paysans comme « point de départ de révolution socialiste ». A cela Marx répond « Proclamer l’abolition du droit de succession ne serait pas un acte sérieux, mais une stupide menace qui ferait se rallier toute la paysannerie et toute la petite bourgeoisie autour de la réaction. » Il revient sur le combat fondamental « la liquidation de la propriété privé des moyens de production » élément essentiel de la domination du capital. En outre il précise « … si la classe ouvrière avait assez de pouvoir pour abolir le droit de succession, elle serait assez forte pour « procéder à l’expropriation qui serait une mesure combien plus simple et plus efficace. »

La question irlandaise amène aussi un débat sur la question nationale entre les marxistes et les bakouniniens. Le Conseil Général met en discussion par rapport à la « question irlandaise, deux aspects 1) l’attitude du gouvernement anglais vis-à-vis de la question de l’amnistie 2) la position de la classe ouvrière anglaise dans la question irlandaise dans son ensemble. »

Dans un article de presse paru en France, la fille de Marx, avec l’aide de ce dernier écrit : « Le soutien accordé par le Conseil Général au mouvement de libération nationale du peuple irlandais attira l’attention des ouvriers irlandais sur l’Internationale et prépara le terrain pour la fondation de sections irlandaises. »

Les partisans de Bakounine souhaitaient que l’Internationale crée une structure particulière pour l’Angleterre, mettant en avant l’idée que la question irlandaise était étrangère au mouvement ouvrier. A quoi Marx écrivait : « Un conseil fédéral en Angleterre occuperait une place intermédiaire entre le Conseil Général et le Conseil de Londres des trade-unions et ne jouirait d’aucune autorité et que le fait même de son existence empêcherait le Conseil Général d’influer directement sur la classe ouvrière anglaise. » Avec la Révolution industrielle, l’Angleterre concentre une majorité d’ouvriers constituant la majorité de la population. Comme le disait Marx ce pays constituait le « grand levier de la révolution prolétarienne » et il ajoutait « Quelle folie, nous dirons presque grand crime, de la laisser tomber… »

La Commune de Paris aura d’importantes répercussions dans le fonctionnement et l’orientation de l’Internationale.

Marx va jouer un grand rôle dans l’analyse de la situation et l’aide qu’il va apporter pendant la Commune et ensuite l’aide aux communards fuyant la répression Versaillaise. L’installation de son ami Engels à Londres en septembre 1870 et son élection unanime au Conseil Général va aider grandement Marx dans son activité et sa réflexion grâce à des échanges quasi-quotidiens.

Tout d’abord il suit avec attention l’instauration de la III ème République le 4 septembre 1870 et il lutte pour engager une campagne de solidarité à son égard. Il répond à un dirigeant anglais : « Toutefois, je dois vous dire que, d’après toutes les informations que j’ai reçues de France, la bourgeoisie dans son ensemble préfère la conquête prussienne à la victoire de la République… »

Marx lors d’une séance du Conseil Général du 14 mars 1871 indiquait que « la situation à Paris était très instable. » Il craignait une insurrection des ouvriers parisiens qu’il jugeait prématurée.Et c’est le 18 mars 1871 qu’intervint la Révolution aboutissant à l’instauration de la Commune de Paris. « Les prolétaires de la capitale, disait le Comité Central de la garde nationale dans son manifeste du 18 mars, au milieu des défaillances et des trahisons des classes gouvernantes, ont compris que l’heure était arrivée pour eux de sauver la situation en prenant en main la direction des affaires publiques… Le prolétariat… a compris qu’il était de son devoir impérieux et de son droit absolu de prendre en main ses destinées, et d’en assurer la triomphe en s’emparant du pouvoir. » La Commune de Paris voit le jour à cette date là.

La séance du Conseil Général du 21 mars examina la situation parisienne. Marx proposa l’envoi des délégations de l’Internationale pour expliquer la situation à Paris et « à exprimer leurs sympathies au mouvement des parisiens. »Karl Marx et son ami Friedrich Engels s’engagent dans une vaste campagne de soutien à la Commune de Paris. Ils espèrent un élargissement à d’autres villes du pays mais malheureusement ce n’est pas le cas.

Dés le 6 avril dans un courrier à Liebknecht « le comité central et plus tard la Commune ont laissé à ce méchant avorton de Thiers le temps de concentrer les forces ennemies : 1) Parce qu’ils n’ont pas voulu, par sottise, commencer la guerre civile, comme si Thiers ne l’avait pas commencée le premier en essayant de désarmer de force Paris, comme si l’Assemblée Nationale appelée à décider de la guerre ou de la paix avec les Prussiens, n’avait pas aussitôt déclaré la guerre à la République 2) Pour ne pas être accusés d’avoir usurpé le pouvoir, ils ont perdu un temps précieux à élire la Commune dont l’organisation, etc., a encore demandé du temps, au lieu de marcher sur Versailles… »

En effet, c’est le Comité Central de la Garde Nationale qui a le pouvoir jusqu’aux élections du 26 mars où la Commune prend la direction des affaires.

Dans un échange de correspondances avec un dirigeant de l’Internationale, vers la mi-avril, Marx précise « il serait certes fort commode de faire l’histoire universelle si on n’engageait la lutte qu’à la condition d’avoir les chances infailliblement favorable. » Et il ajoute « La lutte de Paris a fait entrer dans une nouvelle phase la lutte de la classe ouvrière contre la classe capitaliste et son État. Quelle qu’en soit l’issue immédiate, elle a permis de conquérir une nouvelle base de départ d’une importance historique universelle. »

Le Conseil Général décida d’envoyer à Paris Auguste Serraillier comme représentant de l’Internationale. Grâce à lui Marx a de précieuses informations sur la situation à Paris. Mais il reçoit d’autres correspondances pour mieux appréhender la situation. Il prodigue de nombreux conseils aux communards et critique parfois les débats stériles « La commune semble perdre trop de temps avec des bagatelles et des querelles personnelles. On voit qu’il y a d’autres influences que celles des ouvriers. »

Mais au début du mois de mai Marx s’inquiète de la situation militaire de la Commune. Il porte à la connaissances des communards l’accord secret entre Bismarck (chancelier allemand) et Faure (ministre des affaires étrangères français) contre la Commune. Il les informe que le coup décisif pourrait être porté aux environ du 26 mai. L’objectif du gouvernement de Thiers est d’isoler la Commune pendant les événements et d’engager une répression sans concession ensuite. Pour cela, il fait tout pour que les communards ne puissent pas fuir à l’étranger.

Avec détermination Karl Marx poursuit sa défense de l’action de la Commune chez les responsables et militants de l’Internationale. Puis après la défaite des communards, il œuvre pour l’accueil et la protection des réfugiés et s’assure que l’Angleterre puisse accueillir les émigrés. Le Conseil Général de l’AIT en développant la solidarité se transforme en « comité d’aide aux communards. »

Dés le 18 avril 1871, le Conseil Général demande à Marx de travailler à la publication d’une Adresse tirant les enseignements et l’analyse théorique de la Commune. Il travaille à la réalisation de ce document dont la présentation sera faite au Conseil Général du 23 mai 1871. Celui-ci l’adopte à l’unanimité de ses représentants (délégués élus au dernier congrès et délégués des différentes sections étrangères).

Ce document s’intitule ‘Adresse du Conseil Général de l’Association Internationale des Travailleurs sur la Guerre civile en France à tous les membres de l’Association en Europe et aux États Unis. »

Dans les dernières lignes de cette adresse, Karl Marx cite « un écrivain français étranger à l’AIT » qui indique « Les membres du Comité Central de la garde nationale, aussi bien que la plus grande partie des membres de la Commune sont les esprits les plus actifs, les plus intelligents et les plus énergiques de l’AIT des hommes qui sont profondément honnêtes, sincères, intelligents, dévoués, purs et fanatiques dans le bon sens du mot. »

Cette Adresse fut portée à la connaissance de nombreux responsables et militants de l’Internationale dans le monde. Elle eut un grand retentissement. Plus connue sous le titre La guerre civile en France, elle devient pour de nombreux responsables le programme de l’AIT Mais son contenu entraîne un double phénomène :

  • D’une part la contestation et le départ, donc la scission, avec certains éléments des trade-unions anglaises, des réformistes et des anarchistes notamment.
  • D’autre part le déchaînement et la calomnie de la majorité de la presse contre la Commune et l’Internationale.

D’ailleurs dans son rapport au Congrès de La Haye en 1872 Marx soulignait « cette guerre de calomnie est sans pareille dans l’histoire tant par son envergure, que par l’unanimité qui caractérise les représentants de toutes nuances de la classe dominante qui y participent. » Dans la préparation de ce congrès Marx indiquait « à ce congrès la question se posera de la vie ou de la mort de l’Internationale. » À ce congrès de La Haye la participation est la plus importante de tous les congrès de l’Internationale. Il y a 65 délégués de 15 pays. Dés le début de la réunion l’affrontement a lieu sur la légitimité des mandats. Les anarchistes et les trade-unionistes anglais s’opposent à plusieurs délégués qui ne partagent pas leurs sensibilités.

Marx informe les délégués de l’existence d’une Alliance secrète des bakouniniens (anarchistes) et propose d’exclure cette Alliance de l’AIT. Malgré leurs efforts les anarchistes ne peuvent contester l’orientation du Conseil Général et sont mis en minorité. Ils n’obtiennent que 16 voix sur les 65 présents. Plusieurs décisions importantes sont prises lors de ce congrès sur la modification des statuts et des règlements administratifs, le droit d’exclusion par le Conseil Général est adopté. Le statut inscrit « L’action politique de la classe ouvrière » et Marx précise « Cette construction du prolétariat en parti politique est indispensable pour assurer le triomphe de la Révolution sociale et son but suprême : l’abolition des classes… La conquête du pouvoir politique devient le grand devoir du prolétariat. » L’idée de la construction de syndicats par les organisations politiques est avancée et la proposition de transférer à New-York le siège du Conseil Général en raison d’une situation défavorable pour son activité sur le continent européen est décidée. En effet, maintenir le siège à Londres pouvait comporter des dangers devant l’offensive des réformistes.

Bakounine et Guillaume, animateurs anarchistes, sont exclus pour avoir créé l’Alliance secrète en opposition avec les statuts de l’Internationale. Lors d’un meeting, à l’issue de ce congrès, qui se tient à Amsterdam, Karl Marx précise « … je ne me retire point de l’Internationale et le restant de ma vie sera consacré, comme mes efforts passés, au triomphe des idées sociales, qui amèneront un jour, soyez-en sûrs, l’avènement universel du prolétariat. »

Malgré le départ du siège du Conseil Général à New-York les affrontements contre les décisions prises au dernier congrès vont se poursuivre. Marx contribue à l’écriture d’une brochure qui dénonce l’activité des anarchistes par l’intermédiaire de leur Alliance secrète.

C’est en septembre 1873, au congrès de Genève, que se tient ce qui sera le dernier congrès officieux de la première Internationale. A l’issue de ce congrès l’AIT cessa son activité au niveau international. Elle a disparu en réalité de « l’arène historique ».

D’ailleurs en 1875 Karl Marx écrit : « L’action internationale des classes ouvrières ne répond en aucune façon de l’existence de l’Association Internationale des Travailleurs. Celle-ci fut seulement la première tentative pour doter cette action d’un organe central ; tentative qui, par l’impulsion qu’elle a donnée, a eu des suites durables, mais qui, sous sa première forme historique ne pouvait survivre longtemps à la chute de la Commune de Paris. »

C’est le 15 juillet 1876, lors de la conférence de Philadelphie, que l’AIT est dissoute.

Comme le dira plus tard Lénine « La 1ère Internationale a jeté les fondements de la lutte prolétarienne internationale pour le socialisme. » Et il ajoute : « Elle est inoubliable, elle est éternelle dans l’histoire de la lutte des ouvriers pour leur libération. »

 

 



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