La grève un droit constamment remis en cause

Dès l’Antiquité les premiers conflits apparaissent. A plusieurs reprises, sous le règne de Ramses III, les ouvriers cessèrent le travail. C’était une protestation à la fois contre l’irrégularité des salaires fournis en nature et contre les traitements indignes dont ils étaient victimes. Rome connaît aussi diverses situations conflictuelles. En France, le Moyen Age connaît des révoltes. A la Renaissance ceux sont les imprimeurs lyonnais en 1539 et puis il y a une accélération au XVIIIè siècle. La Révolution Française prend position et au travers du décret d’Allarde et de la loi Le Chapelier de 1791, elle interdit le droit d’association et de grève. C’est aussi le début de la liberté d’entreprise. La bourgeoisie triomphante peut développer et faire fructifier ses affaires.

Le XIXè siècle voit à la fois se développer des formes d’organisation, de résistances mais aussi de révoltes. La plus célèbre étant celle des Canuts de Lyon. Napoléon III en difficulté pour mettre en place sa politique intérieure et voulant s’assurer le soutien du prolétariat naissant, autorise au travers de la loi de 1864, le Droit de Coalition. Autrement dit ce que nous appelons aujourd’hui le Droit de Grève. Mais le patronat, très souvent aidé par le pouvoir en place, supporte mal ce droit accordé aux prolétaires. Un double phénomène s’opère dans cette fin du XIXè siècle. D’un côté la classe ouvrière naissante, sans organisation syndicale et sans expérience, développe les grèves pour améliorer sa situation et ses conditions de travail. De l’autre coté, le patronat obtient l’aide des gouvernements, et c’est l’armée qui est utilisée pour réprimer les grévistes. La liste des victimes seraient trop longue à développer, deux seuls exemples dans l’année 1869, 13 morts à la Ricamatrie et 14 morts lors du massacre d’Aubin. Et pourtant le droit de Grève est reconnu.

La fin du XIXè siècle et le début du XXè siècle voient la naissance de la théorie de la Grève Générale. La CGT naissante, elle est créée en 1895, met en avant la notion de Grève Générale comme mouvement émancipateur des travailleurs. Même Jean Jaurès en 1906 admet que la Grève Générale peut « devenir un élément de transformation sociale ». Il faudra quand même attendre 1946 pour que le Droit de Grève soit inscrit dans la Constitution.

Mais déjà, malgré un rapport de force favorable aux travailleurs, certaines professions comme les militaires, les fonctionnaires de police, le personnel de l’administration pénitencière ou bien les contrôleurs de la navigation aérienne sont interdit de grève. Et depuis, chaque grand conflit est une occasion pour les pouvoirs en place de tenter une limitation du droit de grève. La grève des mineurs au début de l’année 1963 en est une illustration. Tout d’abord, le président de la République de l’époque Charles De Gaule lance un ordre de réquisition pour tous les mineurs en grève le 2 mars 1963. Pour cela il s’appuie sur la loi du 11 juillet 1938 sur l’organisation générale de la Nation pour le temps de guerre. Ensuite, à l’issue du conflit c’est l’adoption de la loi du 31 juillet 1963 « sur les modalités de grève dans les services publics ». Ce qui nécessite qu’un préavis de 5 jours francs avant l’arrêt de travail soit déposé par une organisation représentative. Il y a obligation de tenir une réunion de conciliation avant le début de la grève. Mais il y a aussi, notamment dans les services hospitaliers, la possibilité de réquisitionner les personnels.

Sur ces trois derniers siècles le fait précède souvent le droit, particulièrement en matière de grève. Mais chaque fois qu’un droit important comme celui de faire grève, de créer un syndicat (loi de 1884), d’avoir un élu du personnel (1936), d’obtenir la mise en place d’un comité d’entreprise (1945) ou enfin de désigner un délégué syndical (loi du 27 décembre 1968), chaque fois les tenants du pouvoir et du patronat tente de le remettre en cause. C’est parfois frontal et direct mais aussi souvent de façon insidieuse ou détournée. La dernière tentative c’est la réglementation du droit de grève dans les transports. Et s’ils réussissent au nom d’un libéralisme effréné qui ne connaît pas de limite qui seront les suivants ?

  • Les éboueurs au nom de la salubrité publique : « faites grève mais ramassez les poubelles »,
  • La presse car informer est un droit,
  • Les industries de services car nécessaires au bon fonctionnement de la vie quotidienne des ménages,
  • Les employés des banques, car la bourse ne peut attendre,

La liste en adoptant cette conception peut être longue et la grève pourrait voir ses effets très sérieusement limité.

Ce que nos anciens ont obtenus, souvent avec de la sueur et du sang, pourrait être ainsi reléguer à ne figurer que dans les livres d’histoires. A condition que demain l’histoire soit encore enseignée !



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