40 ans après les grèves de mai-juin 1968

De nombreuses analyses, émissions diverses et livres vont nous livrer leurs appréciations de ce qu’il c’est passé lors du printemps 1968.

Pour beaucoup la CGT est soit omise, soit dénigrée dans son attitude durant ce qui fut le plus grand conflit social du XXème siècle. Avec près de 10 millions de grévistes pendant 3 à 4 semaines, et parfois plus dans certaines professions, la grève générale qu’avait longtemps préconisée la CGT devenait une réalité.

Mais comment se conflit a-t-il pu se produire ?

Déjà les années 1966, 1967 et le début de l’année 1968 furent marquées par des conflits dans des grandes entreprises (Dassault, chantiers de Saint Nazaire, Rhodiaceta, Berliet en particulier) et dans de nombreuses professions dont les cheminots.

D’après les statistiques officielles, il y a eu : 3 323 500 journées de grève en 1966 et 4 220 000 journées de grève en 1967.

Début 1968, les actions pour l’emploi se développent dans de nombreux départements et de nombreuses régions. Le pouvoir gaulliste ayant accru ses attaques anti-sociales comme, par exemple, l’instauration d’un ticket modérateur pour la sécurité sociale. Le chômage touche 500 000 travailleurs, il a presque doublé entre 1967 et 1968.

A signaler un accord d’unité d’action entre la CGT et la CFDT signé le 10 janvier 1966 portant sur les grandes revendications de la période.

La manifestation du 1er mai 1968 est autorisée à Paris après 13 ans d’interdiction. Le cortège a connu un immense succès avec 100 000 manifestants à l’appel de la CGT. Depuis mars-avril, les universités connaissent un bouillonnement revendicatif remettant en cause le fonctionnement de cette institution (à noter que seulement 9 % de fils d’ouvriers ont accès à l’enseignement supérieur).

Chez les jeunes travailleurs, estimés à près de 4 millions, le mécontentement est important. Depuis des mois la CGT prépare un Grand Festival de la Jeunesse à Pantin pour le 17 mai.

Dès le 6 mai, des heurts se produisent entre les étudiants et les forces de l’ordre. Mais dans la nuit du 10 au 11 mai, surnommée « nuit des barricades », de graves incidents surviennent entre la police et les étudiants.

A la suite de ces événements qui ont indigné l’ensemble des travailleurs, la CGT prend l’initiative d’une rencontre avec les autres organisations syndicales pour appeler à une riposte. La CGT propose une grève de 24 heures avec manifestations pour la journée du 13 mai. Malgré la surprise et les atermoiements de certains, CGT et CFDT lancent le mot d’ordre étant rejoint par le FEN, l’UNEF et FO.

C’est le grand tournant de 1968.

Le 13 mai des millions de travailleurs sont en grève et pour Paris plus de 600 000 manifestants sont recensés. A côté du mot d’ordre de solidarité avec les étudiants, à côté des slogans revendicatifs apparaît le mot d’ordre « dix ans ça suffit ». En effet, le 13 mai 1958, le Général De Gaulle revenait au pouvoir.

Dès le 15 mai la CGT lance un appel aux travailleurs, diffusé à 4 millions d’exemplaires, indiquant : « Forts de notre lutte du 13 mai, de l’union qui s’est renforcée dans ces circonstances, donnons un nouvel élan à l’action pour imposer des reculs plus importants au pouvoir et au patronat ! Depuis dix ans, jamais la situation n’a été aussi favorable au développement de la lutte, jamais elle n’a offert autant de possibilités de succès. »

La CGT précise les grandes revendications. Mais elle met aussi en avant l’idée d’une perspective politique comme elle le fera tout au long du conflit. « Le remplacement du pouvoir actuel par un gouvernement populaire, les changements pour lesquels nous luttons, dont l’exigence s’est affirmée le 13 mai et grandira encore, dépendant de l’union et de l’action commune de toutes les victimes de la politique actuelle. Travailleurs, Tous ensemble à cette large union ! »

A partir de ce moment là les grèves avec occupation d’usines se sont multipliées.

Le Comité Confédéral National (CCN) de la CGT du 17 mai lance l’appel à développer l’action. « L’action engagé à l’initiative de la CGT et avec d’autres organisations syndicales crée une situation nouvelle et revêt une importance exceptionnelle. Le CCN appelle tous les travailleurs à prendre leur place dans la lutte et demande à tous les militants de la CGT de faire preuve d’esprit de responsabilité et de hardiesse ; à élever les conditions de la lutte sur la base d’une large consultation et dans l’unité avec les autres organisations syndicales. »

Appel entendu puisque entre le 18 et le 29 mai le nombre de grévistes passe de 100 000 à 9 millions.

La CGT avec son Bureau Confédéral et son Comité Confédéral National a fait le choix de ne pas lancer le mot d’ordre de grève générale et laisse aux syndicats « le choix du processus démocratique pour l’action » et aussi « la décision sur l’issue des négociations et la reprise ». Les travailleurs avec leur organisation syndicale peuvent donc décider, du début à la fin, de la gestion de leur conflit.

Le 25 mai à 15 heures, le gouvernement, par l’intermédiaire de son Premier Ministre, Georges Pompidou, ouvre les négociations de Grenelle. Celles-ci se terminent par un constat et non un accord le 27 mai au matin. Georges SEGUY rend compte de ces discussions aux travailleurs de Renault Billancourt. Il fait état des avancées (comme l’augmentation du SMIG de 35 %) mais aussi des insuffisances. Il signale aussi les difficultés face au bloc patronat-gouvernement et de la présence de six organisations syndicales. Contrairement à 1936 où il n’y avait qu’une seule organisation syndicale la CGT et un gouvernement du Front Populaire recensent élu. Dans la quasi-totalité des assemblées de grévistes la grève est très largement reconduite.

Ce même 27 mai certaines organisations organisent le meeting du stade Charletty. Manifestation ouvertement hostile aux négociations des revendications et marquée par un anti-cégétiste et anti-communisme notoire. Car depuis l’entrée massive des travailleurs dans l’action des oppositions se font jour avec les gauchistes et les anarchistes qui avait pris le contrôle de l’UNEF et de certains syndicats de l’enseignement.

Les divergences fondamentales qui les opposent à la CGT sont :

  1. Qu’ils veulent diriger y compris la conduite de la grève à la place des travailleurs.
  2. Qu’ils mettent en avant l’idée d’une vacance du pouvoir et donc d’une situation propice à la révolution.

Telle n’est pas l’analyse de la CGT qui pense que :

  1. Le puissant mouvement revendicatif doit permettre des avancées importantes sur les salaires, la durée du temps de travail, les conditions de travail, les droits syndicaux et bien d’autres problèmes (remise en cause de 10 ans de casse et d’autoritarisme).
  2. Il convient de donner une perspective politique et de déboucher sur un accord entre les partis politiques de gauche (PCF et FGDS, ancien PS) avec un large soutien des organisations syndicales pour réaliser un programme commun de gouvernement.

La CGT d’ailleurs multiplie les rencontres avec les partis politiques de gauche, sans succès. La FGDS met en avant le refus de la CFDT, de FO et de la FEN pour ne pas s’engager dans cette démarche.

Pour soutenir cette idée d’un gouvernement populaire la CGT organise le 29 mai à Paris une manifestation qui réunit entre 700 et 800 000 manifestants. Dans toute la France les manifestations sont plus puissants que lors du 13 mai.

De GAULLE, alors Président de la République, annonce, le 30 mai, la dissolution de L’Assemblée Nationale. Son intervention est suivi d’une manifestation de soutien sur les Champs Elysées. Il était allé la veille s’enquérir du soutien de l’armée en Allemagne auprès du général MASSU.

Mais début juin, de nombreux accords de branches ou d’entreprises sont signés, tous supérieurs au constat de Grenelle. Dans la métallurgie et dans l’automobile les patrons font de la résistance :

  • Le 4 juin les négociations ne sont pas ouvertes chez Renault.
  • Le 10 juin il y a toujours un million de grévistes chez les métallos.
  • Le 11 juin, chez Peugeot Sochaux, lors d’accrochages avec la police, on déplore 2 morts.

Aussi, le 12 juin un appel à un arrêt national de travail d’une heure est bien suivi dans tout le pays. Ce qui accélère les discussions avec un accord chez Renault le 15 juin et le 25 juin (après 35 jours de grève) une reprise chez Citroën. Dans tous les cas les accords sont largement supérieurs aux discussions et au constat de Grenelle.

Il faut noter que pendant toute la durée des grèves, la distribution permettant la vie économique quotidienne (essence, électricité, gaz) et alimentaire de la population se sont organisées à l’initiative de la CGT sous le contrôle des comités de grève. Personne n’a souffert de faim, d’absence de soins ou d’autres désagréments liés à une paralysie totale du pays. La CGT, par ses initiatives, s’est substituée aux incapacités notoires du gouvernement.

La Fédération CGT du livre, après un vote de ses adhérents, a décidé (tout en étant en grève) d’éditer les grands quotidiens nationaux et régionaux ainsi que les principaux hebdomadaires. Elle s’est arroger le droit de contrôle sur le contenu de presse en ce qui concerne les comptes rendus sur le conflit en cours (Midi Libre par exemple connu quelques déboires).

Aujourd’hui certains veulent opposer luttes étudiantes et ouvrières et surtout cacher qui est à l’initiative de l’action.

Comme l’indiquait Georges SEGUY dans son livre Lutter en 1972 : « Il est juste de considérer que les luttes étudiantes et universitaires, survenant dans un climat de lourdes tensions sociales, ont servi de détonateur à l’action. Elles furent l’étincelle qui mit le feu aux poudres ; mais, ainsi que je l’ai écrit dans mon livre (Le mai de la CGT), pour que l’étincelle mette le feu aux poudres, il fallait qu’il y ait une réserve de poudre assez importante pour provoquer une telle explosion.



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