1907 La révolte des gueux

La monoculture de la vigne s’établit dans l’Hérault, le Gard, l’Aude et les Pyrénées Orientales à partir des années 1850-1860. Cette culture de la vigne subit deux graves crises liées aux maladies : l’oïdium dans les années 1850 et le phylloxéra dans les années 1870-1880. Ce qui entraîne une chute de la production du vin conduisant le grand négoce à fabriquer des vins artificiels pour répondre à la demande de consommation.

Le développement de la vigne amène le prolétariat agricole à prendre une place prépondérante et, en 1906 dans l’Hérault, elle représente 50 % de la population active totale. C’est dire l’importance que prend la filière vinicole dans sa totalité (production, stockage, transport et vente) dans l’ensemble de l’activité économique.

Dans les années 1900, les premières grèves des ouvriers agricoles se développent entraînant la naissance de l’organisation syndicale. Le mois d’août 1903 voit la création, à Béziers, de la Fédération des travailleurs agricoles du Midi (FTAM) qui va s’affilier à la CGT en août 1904. La FTAM compte à ce moment-là 113 syndicats et 15 000 adhérents.

Mais à partir de 1907 la misère gagne du terrain dans tout le midi viticole. Les patrons tentent de reprendre ce qu’ils ont accordé lors des grèves de 1904 aux ouvriers agricoles. La catastrophe sociale s’annonce, la chute des cours du vin et sa mévente annoncent les risques de famine dans de nombreuses localités. La dépréciation de la terre atteint jusqu’à 90 % dans le biterrois.

Le gouvernement de l’époque, dirigé par Clémenceau, refuse  « d’entendre le cri qui monte des villages du Languedoc et du Roussillon ». Lors de la visite d’une commission d’enquête parlementaire, le 11 mars à Narbonne, une délégation de 87 personnes conduite par Marcelin Albert d’Argeliers dans l’Aude, va rencontrer les élus.

À partir de là, sous l’égide du comité d’Argeliers, dirigé par Marcelin Albert, est lancée la révolte vigneronne. Elle durera trois mois. La décision est prise d’un rassemblement dominical dans une localité différente pour faire connaître les motifs de cette révolte.  Le Tocsin (organe de la lutte viticole) numéro 1 du dimanche 21 avril 1907 explique sous le titre « Ce que nous voulons… Que demain le législateur le veuille et les lois qui nous étranglent se transforment en lois libératrices. Que demain le Gouvernement prenne résolument notre cause en mains et ce sont les Chambres entraînées et nous rendant justice ; c’est le vin de la vigne qui reconquiert ses droits naturels, c’est la hideuse fraude qui disparaît, c’est la misère qui cesse de nous étreindre, c’est l’espérance qui renaît, c’est la Paix. Mais si le vin ne se vend pas, si nous sommes abandonnés, si demain c’est encore la famine, c’est en désespoir que nous agirons et si l’on nous accule à la guerre, ce sera la Guerre sans délai ni répit et les moutons deviendrons des loups. Nous voulons vivre. Voilà ce que nous voulons ».

Le mouvement va connaître une croissance régulière des rassemblements. Par exemple, de 15 000 participants à Capestang le 21 avril et 150 000 manifestants à Béziers le 12 mai, ils seront 170 000 à Perpignan le 19 mai, 250 000 à Carcassonne le 26 mai pour atteindre les 600 000 manifestants le 2 juin à Montpellier. Ce qui représente 1/3 de la population de la région à cette époque. Les femmes sont nombreuses et actives dans le mouvement comme elles l’avaient déjà été lors des grèves de 1903-1904.

Rapidement la lutte contre la fraude et les fraudeurs unifie le mouvement qui devient interclassiste. D’ailleurs les revendications des ouvriers agricoles n’apparaissent pas. L’épicentre de cette révolte se trouve dans un quadrilatère situé entre Narbonne, Argeliers, Béziers et Agde.

Le gouvernement restant sourd à la révolte qui gronde, le mouvement prend d’autres formes. Après la puissante manifestation de Montpellier, le comité d’Argeliers « appelle à la grève de l’impôt et à la démission immédiate des municipalités ». Dans la région 618 municipalités démissionnent dont 76 % dans l’Hérault. Le gouvernement envoie les troupes dans le midi, « vingt-cinq mille fantassins et huit mille cavaliers », à partir de ce moment-là les esprits s’échauffent et c’est l’escalade.

Le 19 juin, Ernest Ferroul (maire socialiste de Narbonne), un des nouveaux leaders du mouvement, ainsi que trois membres du comité sont arrêtés. Les affrontements avec la police et la troupe se multiplient. Entre le 19 et le 20 juin on compte six tués dans la ville de Narbonne. Des incidents ont aussi lieu à Montpellier et Perpignan. C’est alors que le 17 ème régiment d’infanterie, solidaire de la lutte viticole, basé à Béziers, est déplacé vers Agde par son état-major. Mais apprenant la tuerie de Narbonne, le 20 juin,  589 mutins se révoltent et « refusent de rejoindre le cantonnement  » et, crosse en l’air rejoignent Béziers pour camper sur les allées Paul Riquet où ils sont accueillis « chaleureusement » par la population qu’ils sont censés protéger. Après des tractations ils se rendent à l’autorité militaire. Quant à Marcelin Albert il se rend à Paris pour rencontrer Clémenceau mais il se fait piéger en acceptant un billet de cent francs pour payer son billet de retour en train. Le Président du conseil le discrédite auprès de la population. Le piège a bien fonctionné !

Pour sortir de ce mouvement de révolte le gouvernement promulgue plusieurs lois : le 29 juin 1907, la loi « tendant à prévenir le mouillage des vins et les abus de sucrage « , le 15 juillet celle pour « empêcher la production de vins artificiels et de vins de piquettes » et « La loi du 5 août va définir les produits d’appellation d’origine et mettre en place une procédure administrative de délimitation des zones ».

La CGT pour sa part soutient le mouvement par un article de presse de son secrétaire général le 19 mai 1907 et se félicite du succès du mouvement le 30 juin 1907 dans un article de La Voix du Peuple. Mais elle s’oppose, à l’issue du mouvement, à la création de la confédération générale des vignerons (CGV) réunissant patrons et ouvriers dans la même structure. Les problèmes et les revendications des ouvriers agricoles restant entiers.

Sources : Colloque IHS de l’Aude des 12 et 13 mai 2007 sur « Les ouvriers agricoles et 1907, des liens complexes ».

Les Vendanges de la Colère, coordonné par Alain Raynal.

 

 



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